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 Illium - Dan Simmons.

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Eledhwen
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Oeuvre préférée : Illium, Dan Simmons
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MessageSujet: Illium - Dan Simmons.   Dim 16 Sep - 13:00

Illium.
Science fantasy.




Citation :
Illium, c'est Troie, Troie, c'est la guerre chantée par Homère dans l'Iliade.

Mais le mont Olympe est situé sur Mars et les dieux qui l'habitent, conformes à l'imagerie antique, abusent des facilités quantiques en guise de pouvoirs surhumains. Quasiment immortels, ils se déplacent à travers le temps et l' espace. Leur spectacle favori, voire obsessionnel, demeure cette guerre qui se déroule sur Terre et dont aucun d'eux ne connaît l'issue.
Aucun sauf Zeus, évidemment.

Pour vérifier la comformité de la guerre réelle avec ce qu'en a conté Homère, les scholiastes, des érudits péchés à différents moments de l' histoire, sont dotés de pouvoirs secondaires non négligeables, ainsi celui d' emprunter l' identité d'un Grec ou d'un Troyen le temps de leur observation.
Hockenberry est l'un de ces scholiastes, ressuscité, extrait du XXe siècle et enrôlé contre son gré par Aphrodite en personne pour une mission secrète : faire triompher les Troyens, assassiner Athéné.

Pour leur part, les Moravecs, Intelligences Artificielles, qui vivent autour des planètes extérieurs, commencent à s' inquiéter de la débauche de manipulations quantiques qui a pour source Mars. Orphu d'Io et Mahnmut sont envoyés y voir ce qu'il s'y passe. L'un ne jure que par Shakespeare, l'autre que par Proust.

Et sur Mars, de petits hommes verts érigent sans fin des statues géantes dans le style de l'île de Pâques. Tandis que sur la Terre, les Derniers Hommes, au nombre exact de un million, jouent les sybarites décadents.


Illium, superbe oeuvre de Dan Simmons, dans la lignée d' Hypérion, mélant avec génie récit et citations littéraires, action et réflexion sur les oeuvres de Proust, de Shakespeare et bien d' autres, lyrisme et parfois language un peu familier, antiquité et science-fiction.
On reste subjugué durant 601 pages (Eh oui c' est assez long. Il faut aimez la lecture), parfois perdu dans le sens des mots (J' ai du lire les notes à la fin et faire des recherches pour savoir ce qu' étaient la vitesse en g, "solénoïde" et quelques autres), parfois perdu dans ses trois histoires (Hockenberry, les robots Moravecs et les "humains") qui parviendront tout de même à méler leurs destinés.

Les personnages sont attachants, drôles, amateurs de petits plaisirs, tristes et mélancoliques; ou bien assoifés de sang, brutaux, malpolis pour ces Grecs et Troyens qu' Homère nous à montrer comme de nobles guerriers. Tout est tourné en dérision pour notre plus grand plasir.
L' histoire est fantastique, le suspense gardé jusqu' au bout, sachant que la quête de départ n' est jamais la même à l' arrivée. On prend beaucoup de plaisir à lire cette oeuvre, qui sera un réel bonheur pour les littéraires en herbe, grâce à la richesse culturelle et littéraire - et aussi pour les autres, par le language employé, la familiarité vis-à-vis des personnages, des sentiments, par l' histoire.
Absolument superbe. A lire de toute urgence.


Suite: Olympos, Collection Robert Laffont, Ailleurs et Demain.


Dernière édition par le Dim 16 Sep - 13:05, édité 2 fois
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Eledhwen
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MessageSujet: Re: Illium - Dan Simmons.   Dim 16 Sep - 13:02

La critique.

Force est de reconnaître que sans pouvoir être assimilées aux autres productions fleuve que nous a offert la Science-fiction, les engeances livresques de Simmons font toujours sensation.

Après son cycle métaphysique et cérébrale aux relents Barkeriens (les corps en transformation, les corps meurtris, etc.....) de Hyperion et ses suites plus contrastées, Dan Simmons nous revient avec cet étrange récit qui va une fois de plus provoquer le même effet dans les esprits qui vont en partager la lecture : un texte qui laisse bien loin la production courante et une histoire qui va en déconcerter plus d’un.

On aurait pu croire à une version futuriste de la guerre de Troie, comme il est parfois de coutume en SF, mais l’auteur n’est pas un fabuliste, pas un uchroniste et encore moins un utopiste. Non, Simmons, dans ce livre, opère à un changement de perspective et renverse les poncifs bien établis chers à Homère. En fait il réinvente l’esprit grec et il en établit le paradis bien plus haut, dans les étoiles, et mêlera subtilement, de fait, destinée humaine et desseins des dieux, mais également roman réaliste et questionnement sur le sens de la culture.

Dans ce récit, les dieux de l’Olympe sont en quelque sorte des grands anciens, des posthumains qui ont depuis longtemps assimilé les pouvoirs ouverts jadis par le développement des sciences, à tel point qu’ils ont touché à une immortalité totale et des pouvoirs quasi-illimités. Ainsi, de leur propension à traverser espace et temps, ils en tireront cette possibilité de jauger l’histoire humaine et, de fait, le pouvoir d’intervenir dans le devenir des hommes.

Mars est leur nouveau Mont Olympe. Ils siègent sur le plus haut volcan de l’univers. Devenus spectateurs amusés d’une guerre qui déchire le monde humain en bas, sur terre, ils jouent à comparer cette guerre avec celle de jadis contée dans l’Illiade d’Homère. Seul Zeus ne semble plus devoir en connaître l’issu. Dans leur ennui, ces dieux de la nanotechnologie vont se faire un devoir de vérifier si La guerre de Troie est conforme au récit de Homère. Pour se faire ils recrutent un corps de vérificateurs, les Scholastes.

Thomas Hockenberry sera de ceux là. Professeur d’université du 20e siècle ressuscité pour l’occasion, il sera engagé par Aphrodite pour aider le Troyens à la victoire et, si possible, assassiner Athénée. Ces Scholastes vont donc servir d’agents pour faire triompher les ambitions contradictoires de dieux tout puissant, empruntant des identités de l’époque concernée. Or, les Moravecs, qui sont des intelligences artificielles oeuvrant aux environs de planètes extérieures, semblent très inquiets des puissances quantiques émises par la planète Mars.

Ophu d’Io et Mahnmut seront dépêchés pour tenter de contrer cette menace qui joue contre l’avenir de l’univers tout entier. Et pendant ce temps, sur Mars, la population autochtone érige des statues, un peu comme les peuplades jadis le firent sur l’île de Pâques. En bas, sur Terre, les hommes retournés à un état similaire aux Elois de Wells, ont régressé vers un mode de fonctionnement proche d’un hédonisme décadent soumis à l’œil attendrit des Voynix, une race d’extra-terrestres métalliques aux origines brumeuses et dont le mode de déplacement est basé sur le système des portails, un peu à la manière de Stargate.

Inutile de bouder notre plaisir, Ilium est une remarquable réinvention du panthéon des dieux grecs dans toute leur splendeur et toute leur décadence, cette humaine aura divine qui fait d’eux un miroir du futur possible des hommes arrivés au bout de leur évolution scientifique. Ils constituent une sorte d’assemblée divisée et chaotique, aux complots multiples et manigances malsaines. Bref, ils nous rejouent les rois maudits traversés par l’humour et la décadence.


Trois axes se dessinent au travers de cette fresque. Hockenberry le ressuscité, une sorte de pierre angulaire d’un réseau d’intrigues qui va l’entraîner dans une monstrueuse chaîne de pouvoirs et contre-pouvoirs. C’est que la vie quotidienne des dieux grecs n’est pas des plus simples. Simmons nous les rend terriblement familiers, et en cela il respecte l’esprit grec voulant que ces dieux participent au monde des hommes, n’échappant pas aux jeux de pouvoirs et autres passions humaines.

L’autre mouvement de cet Ilium est à chercher dans cette histoire parallèle, celle des deux envoyés des Moravecs, Ophu d’Io et Mahnmut, qui sont les voix de Shakespeare et de Proust. A travers cette aventure plus intimiste, Simmons nous interroge sur les implications possibles de la culture dans les interrogations sur les effets du quantique sur l’espace temps. Deux visions du monde, deux voix, deux regards d’écrivains/penseurs pour faire du parcours des personnages le chemin de la culture vers le scientifique. De plus, les échanges entre les deux personnages sur des questionnements purement structuralistes quand au vers à neuf pieds ouvrent sur une parenthèse poético-intellectuelle, belle et pertinente (le système dit des structures saillantes n’est pas loin et très à propos dans ce contexte imaginaire, encore une autre prouesse de Simmons) . Comme si le but et le chemin constituerait une constellation de lieux communs et une identité de genre que seraient le savoir et ses constituants. L’humour de ces dieux perdus est remarquablement illustré par l’auteur, un humour qui se distille dans les rapports entre eux et avec leurs agents scholastes.

L’autre histoire et troisième mouvement de cette fresque, c’est celle de cette nouvelle odyssée menée par un jeune homme sur terre. Il suivra avec d’autres un vieillard presque centenaire à la recherche d’un vaisseau pour partir dans les étoiles et accomplir une nouvelle quête d’éternité, en fait quelques années de vie supplémentaires. Car sur Terre on a redécouvert l’écriture et donc la soif d’établir une légende, une histoire.

Trois histoires prises dans la grande histoire, elles n’en demeurent pas moins liées, et c’est là une autre des réussites de Dan Simmons. Même si l’intrigue sur terre peut paraître plus faible car plus juvénile et aventureuse (on pense au space opera et ses arlequinades lasers/quête de l’aventure pour l’aventure), le récit plus "martien" compense et même fait effet de contraste, histoire de rappeler que les trois intrigues ne sont là que pour plaire à la grande histoire des dieux. On y fait la guerre, cette guerre entre Troie et ses assaillants qui par la sauvagerie qu’elle dégage (on y sent presque l’odeur du sang !) n’a rien à envier aux récits de la fantasy barbare. Les chars célestes aux chevaux holographiques, les déplacements quantiques dont font usage les dieux sont là pour nous donner une image de notre devenir futur, et une très belle illustration de la pensée grecque, si humaine, si présente au monde mais modernisée, actualisée par les sciences du futur. Dan Simmons a le même impact qu’un Herbert en son temps et dans dix ans ce sera lui qu’on copiera.

Attention, chef d’oeuvre !

Emmanuel Collot

Ilium, Dan Simmons, Robert Laffont, traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque.
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MessageSujet: Re: Illium - Dan Simmons.   Mar 6 Nov - 15:55

Extrait.


Plaine d'Ilium

Les dieux sont venus jouer. Plus précisément, ils sont venus tuer.

La bataille fait rage depuis quelque temps déjà, avec Apollon qui s'en prend aux Troyens tandis qu'Athéné excite les Argiens, et que d'autres dieux, installés à l'ombre des feuillages sur la colline la plus proche, profitent du spectacle pendant qu'Iris et ses suivantes leur servent à boire. Je viens de voir Pirôs, le chef des Thraces, courageux allié des Troyens, tuer Diôres aux yeux gris d'un coup de pierre. Diôrès, l'un des commandants du contingent épéen, était seulement blessé à la cheville après qu'un Pirôs en furie lui eut jeté un roc, mais la plupart de ses camarades ont battu en retraite, le Thrace s'est frayé un chemin jusqu'à lui à coups de pique, et le pauvre Diôrès - impuissant, la cheville broyée - n'a rien pu faire lorsque Pirôs lui a planté son arme dans le ventre, lui arrachant les tripes avec la pointe barbelée, qu'il a consciencieusement remuée dans la plaie pendant que sa victime hurlait tout son soûl.

Telle fut la saveur de la demi-heure écoulée, et je pousse un soupir de soulagement lorsque Pallas Athéné lève la main et, avec la permission des autres dieux sur place, arrête le temps et interrompt tout mouvement.

Grâce à ma vision améliorée - et à mes verres de contact divins -, je vois Athéné derrière une forêt de lances, qui transforme Diomède, fils de Tydée, en machine à tuer. Au sens littéral du terme, ou presque. A l'instar des dieux eux-mêmes, et de mon humble personne, Diomède va devenir mi-homme, mi-machine, ses yeux, sa peau et jusqu'à son sang étant désormais pris en charge par une nanotechnologie originaire d'un avenir incroyablement éloigné de mon époque. Toujours en temps suspendu, Athéné glisse sous les paupières de l'Achéen des lentilles de contact semblables aux miennes, qui lui permettront de voir les dieux et même de ralentir le cours du temps à condition de se concentrer dans le feu de l'action, ce qui aura pour effet - aux yeux d'un observateur non prévenu - de le rendre trois fois plus rapide que la normale. Elle allume en lui «un feu vivace », pour citer Homère, dont je comprends maintenant la métaphore; grâce aux nanomachines enchâssées dans sa main et son avant-bras, Athéné transforme en véritable champ de force le champ électromagnétique d'intensité négligeable qui entoure Diomède. Perçu en vision infrarouge, l'ensemble formé par le corps, les bras, le bouclier et le casque de Diomède évoque « l'astre de l'arrière-saison, qui resplendit d'un éclat sans rival ». En voyant Diomède étinceler dans l'ambre épais du temps figé, je comprends qu'Homère faisait sans doute allusion à Sirius, l'étoile du Chien, la plus brillante du ciel grec (et troyen) à la fin de l'été. Ce soir, elle flamboie à l'Orient.

Sous mes yeux, Athéné injecte dans la cuisse de Diomède des milliards de machines à l'échelle nanoscopique. Comme toujours en pareil cas, l'organisme considère cette invasion comme une infection, et la température de Diomède grimpe de trois degrés. Je vois l'armée de machines progresser de sa cuisse à son cœur, de son cœur à ses poumons, et de là à tous ses membres, et leur chaleur augmente encore le rayonnement de son corps dans l'infrarouge.

Tout autour de moi, la mort fait une pause de plusieurs minutes sur le champ de bataille. À dix mètres sur ma gauche, un char s'est figé dans une bulle de poussière, de sueur humaine et d'écume équine. Le guerrier troyen qui s'y trouve - un petit homme placide du nom de Phégée, fils de Darès, principal prêtre troyen du dieu Héphrestos, et frère d'un homme trapu du nom d'Idée, avec qui j'ai partagé le pain et le vin une bonne douzaine de fois sous divers déguisements - est pétrifié à son poste, une main sur le rebord de son véhicule, l'autre empoignant une javeline. Idée se tient à côté de son frère, figé dans le geste de fouetter les chevaux d'une main, l'autre étant refermée sur les rênes. Le char s'est immobilisé alors qu'il fonçait sur Diomède, et personne ici ne sait que la déesse Athéné a arrêté le temps pendant qu'elle joue à la poupée avec le champion qu'elle a élu, habillant Diomède de champs de force, de verres de contact et de nanodopants à la façon d'une petite fille s'amusant avec sa Barbie. (Je me souviens d'une fillette jouant avec des poupées Barbie, peut-être une sœur cadette observée durant mon enfance. Je ne pense pas avoir eu de fille. Je n'en sais rien, évidemment, car les souvenirs qui me reviennent depuis quel. ques mois sont pareils à des éclats de verre porteurs d'images floues.)

Je me tiens suffisamment près du char pour percevoir l'exultation marquant le visage hâlé de Phégée et la peur qui habite ses yeux marron. Si Homère ne s'est pas trompé, Phégée sera mort dans moins d'une minute.
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